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L'événement pour la sortie de la BD La Passe-miroir

Christelle Dabos et Vanyda dévoilent les secrets de l’adaptation BD de La Passe-Miroir

À l’occasion de la sortie de l’adaptation en bande dessinée de La Passe-Miroir, les éditions Gallimard ont organisé une rencontre réunissant Christelle Dabos, l’autrice de la saga, et Vanyda, l’artiste derrière la bande dessinée. Devant plus d’une soixantaine de personnes  (invités de Gallimard et de la plateforme Babelio), dont de nombreux créateurs et créatrices de contenu littéraire, les deux autrices ont longuement échangé sur la genèse du projet, les choix d’adaptation et les tensions qu’implique la transposition en images d’un univers profondément ancré dans l’esprit de ses lecteurs. Un dialogue riche, ponctué d’informations inédites, suivi d’une séance de dédicaces.

Retour sur la rencontre entre Christelle Dabos et Vanyda dans les locaux de Gallimard

La Passe-Miroir, une saga née d’une image et d’un lâcher-prise créatif

Lors de l’après-midi organisée par Gallimard, Christelle Dabos est tout d’abord revenue sur la naissance très intuitive de sa saga La Passe-Miroir. À l’époque, l’autrice précise qu’elle travaillait sur un autre roman qui ne fonctionnait pas, notamment en raison d’un rapport « trop mental » à l’écriture.

Selon son récit, c’est au cours d’une promenade dans un petit bois que la bascule s’opère. L’atmosphère apaise, le mental s’éteint, et une image s’impose : celle d’une jeune femme sortant d’un miroir, une écharpe autour du cou, entourée d’objets. Ophélie n’a pas encore de nom, mais l’essentiel de son identité est déjà là, notamment ce lien immédiat avec les objets. Très rapidement, l’univers se déploie dans l’esprit de l’autrice par « effet pop-corn ». Christelle Dabos abandonne alors le projet sur lequel elle travaillait pour se consacrer pleinement à cette nouvelle histoire, en se laissant guider par l’imagination, en « lâchant la bride » selon ses propres termes.

Un élément plus méconnu a également été évoqué au cours de l’échange : à l’origine, Christelle Dabos ne souhaitait pas écrire, mais dessiner. Elle voulait faire de la bande dessinée et en a d’ailleurs réalisé une avec son frère. Lors de l’écriture de La Passe-Miroir, elle a même esquissé quelques cases pour visualiser certaines scènes, avant de renoncer, estimant qu’elle n’était pas faite pour ce support-là. L’adaptation en BD résonne toutefois comme un retour indirect à ce désir initial.

Adapter La Passe-Miroir en bande dessinée : une rencontre artistique inattendue ?

Échanges avec les autrices de la BD La Passe-Miroir

L’adaptation en bande dessinée repose sur la rencontre de deux univers a priori éloignés. Lors de cette rencontre chez Gallimard, Vanyda est revenue sur ses premières craintes. Son travail graphique est résolument contemporain, et elle n’avait encore jamais exploré l’imaginaire ou la fantasy en bande dessinée. Elle ne pensait donc pas être en mesure de se lancer sur un tel projet.

Le déclic intervient lorsque l’idée est formulée par son entourage. « À partir du moment où l’idée a été émise par mon entourage… ça je le ferais comme ça… une fois que c’est parti, c’est impossible à retenir. » Dès lors, le projet devient un terrain d’exploration inédit, l’occasion de dessiner des univers, des architectures et des ambiances qu’elle n’avait encore jamais abordés. Vanyda évoque un « challenge parfait », arrivé à un moment charnière de son parcours artistique.

De son côté, Christelle Dabos n’a jamais douté de la pertinence de cette adaptation, ni du choix de Vanyda. Elle explique qu’elle est de nature hésitante, mais affirme n’avoir jamais remis en question le fait que La Passe-Miroir pouvait devenir une bande dessinée, ni que Vanyda était la bonne personne pour porter ce projet.

Anima, Ophélie et les inspirations culturelles de La Passe-Miroir

Au cours de l’échange, plusieurs éléments de l’univers ont été explicitement confirmés. Anima, l’arche d’origine d’Ophélie, est visuellement inspirée de la Belgique, tandis que l’ensemble du Pôle s’appuie sur un mélange d’influences nordiques, notamment vikings et russes.

Soirée de lancement La Passe-miroir

Christelle Dabos l’a affirmé clairement lors de cette rencontre : Ophélie est belge, et plus précisément wallonne. « C’est une évidence.  » Le grand-oncle d’Ophélie parle d’ailleurs un patois spécifique, inspiré du wallon, un détail directement issu de l’expérience personnelle de l’autrice. Ces éléments, parfois discrets dans le roman, ont toutefois toujours fait écho au lectorat belge de la saga.

Accents, humour et magie : traduire l’invisible en bande dessinée

L’adaptation en bande dessinée a nécessité de repenser certains éléments centraux de l’œuvre. La question des accents, par exemple, s’est rapidement imposée. Pour les habitants du Pôle, le choix a été fait d’utiliser une typographie spécifique, un principe qui devra s’appliquer à l’ensemble des Arches. Ce travail a demandé du temps afin de trouver un équilibre entre singularité graphique et lisibilité, sans perturber la lecture, avec une inspiration revendiquée du côté d’Astérix.

L’humour constitue un autre enjeu important. Christelle Dabos a rappelé lors de l’échange que son humour repose sur la dérision et l’autodérision, de manière souvent subtile. Il était essentiel pour elle que cet aspect ne disparaisse pas dans l’adaptation. Vanyda a donc choisi de l’intégrer par petites touches visuelles : une veine qui gonfle sur un front, Thorn qui mange un radis avec une fourchette, une pile de dossiers volontairement exagérée. Des détails discrets, jamais appuyés, mais fidèles au ton du roman.

La représentation de la magie a, elle aussi, évolué au fil du travail. Une première version des planches en était presque dépourvue, mais les retours ont montré que les lecteurs n’ayant pas lu La Passe-Miroir avaient du mal à se projeter. Il a donc été nécessaire d’ajouter des éléments visuels permettant de rendre les pouvoirs plus perceptibles, sans les surcharger.

Ophélie et Thorn : représenter les personnages face aux attentes des lecteurs

L’après-midi organisée par Gallimard a également permis d’aborder la question sensible de la représentation des personnages. Christelle Dabos a évoqué sa première expérience de confrontation visuelle avec ses personnages à travers les fanarts. Elle explique aimer voir les personnages apparaître sous différents styles graphiques, constatant qu’ils restent reconnaissables malgré les variations.

Concernant Ophélie, un consensus s’est rapidement dégagé. En découvrant la version de Vanyda, Christelle Dabos confie être « tombée amoureuse d’Ophélie ». Vanyda précise de son côté avoir découvert La Passe-Miroir à travers des fanarts de Patricia Lyfoung, avant d’adapter son trait à la personnalité du personnage.

La question de Thorn s’est révélée plus complexe. Christelle Dabos est revenue sur les nombreuses projections du lectorat, notamment sur les réseaux sociaux, où les propositions de castings mettent souvent en avant des acteurs jugés « canons ». Or, pour l’autrice, ce n’est pas le Thorn qu’elle a écrit. Elle explique avoir tenté de proposer une référence visuelle plus proche de sa vision, sans que celle-ci ne soit réellement entendue, et se souvient des réactions négatives suscitées lorsqu’elle a présenté une version de Thorn lors d’une FAQ incarnée par les personnages.

Pour Christelle Dabos, Thorn « n’est pas beau », un choix pleinement cohérent avec la thématique des apparences qui traverse l’ensemble de la saga, mais difficile à accepter pour une partie du lectorat. Pour Vanyda, l’enjeu était donc majeur : concilier la vision de l’autrice sans pour autant décevoir le fandom. En outre, elle précise qu’elle visualise Thorn comme quelqu’un d’effrayant, mais qu’elle doit garder à l’esprit son évolution. Elle explique notamment jouer sur les cadrages et la lumière afin d’accompagner cette transformation sans figer le personnage.

Une adaptation de La Passe-Miroir pensée sur le long terme

Enfin, l’échange a permis de rappeler l’ampleur du projet. Chaque tome du roman donnera lieu à un tome de bande dessinée (donc un total de quatre, ndlr). L’adaptation est envisagée sur une durée d’environ dix ans, avec un minimum de deux ans avant la parution du tome 2 en bande dessinée si l’on s’en tient aux déclarations de Vanyda.

Un choix qui s’inscrit à contre-courant des adaptations rapides, et qui témoigne peut-être d’une volonté claire : prendre le temps nécessaire pour accompagner durablement La Passe-Miroir dans cette nouvelle incarnation graphique, tout en respectant l’identité profonde de l’œuvre.

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Basilic Tropical est un projet porté par Anaïs, une journaliste et créatrice de contenu littéraire, spécialisée dans la romance et les littératures de l’imaginaire. À travers articles, vidéos et décryptages, le projet analyse les tendances éditoriales, interroge les succès actuels et met en lumière des œuvres et des genres encore trop souvent laissés-pour-compte dans les médias littéraires traditionnels. The Romance Times est la suite logique du projet initié via les réseaux sociaux et le site Basilic Tropical.

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