Qui a dit que la romance était ringarde ? Des sagas young adult aux comédies romantiques de l’été, des dark romances sulfureuses aux grands classiques revisités, The Romance Times suit de près tout ce qui fait battre le cœur des lecteurices. Une veille passionnée sur les tendances, les livres et les visages qui redéfinissent les codes du genre.

Page d’accueil            Collaboration            Nous contacter             Mentions Légales

Bien comprendre la polémique autour de la réédition du livre Hurlevent

Hurlevent : pourquoi la réédition déclenche une polémique ?

À l’approche de la sortie en salles du film Hurlevent, prévue le 11 février 2026, une annonce de la maison d’édition Hugo a provoqué une forte réaction sur les réseaux littéraires. L’éditeur a dévoilé une réédition du roman de Emily Brontë avec la couverture officielle du film, une communication relayée notamment via le compte de son label New Romance.

Si la pratique est courante dans l’édition, elle intervient ici dans un contexte déjà tendu. Casting controversé, accusations de whitewashing, relecture « dark romance » et marketing par tropes jugé trompeur : la polémique dépasse largement la simple question d’une couverture alternative. Retour sur toutes les informations pour bien comprendre ce qui se joue ces derniers jours sur la réédition du livre Les hauts de hurlevents.

La réédition de Hurlevent avec la couverture du film : une stratégie éditoriale classique, mais mal reçue

La réédition du livre Hurlevent

Associer un classique à son adaptation cinématographique est une stratégie déjà bien installée dans le paysage éditorial. Les éditeurs l’ont récemment fait, que ce soit pour les classiques de la littérature comme Le comte de Monte-Cristo, où avec des romances contemporaines adaptées au cinéma telles que Jamais Plus ou Regretting You. Hugo ne déroge donc pas à une logique déjà bien en place, que ce soit au sein de son propre catalogue ou chez d’autres éditeurs.

Ce qui pose problème ici à de nombreux lecteurs, c’est la symbolique de la couverture choisie. En reprenant l’affiche du film Hurlevent, adaptation des Les Hauts de Hurlevent, l’éditeur rattache directement le livre à une œuvre cinématographique déjà critiquée pour ses choix artistiques et idéologiques. Le relais de cette annonce via un compte New Romance renforce encore l’impression d’un repositionnement éditorial jugé discutable par une partie du lectorat.

Le marketing de Hurlevent par tropes : l’élément déclencheur de la controverse ?

C’est sans doute le point qui a le plus cristallisé la colère. Pour promouvoir cette réédition, Hurlevent a été présenté à travers une série de tropes très identifiés dans la romance contemporaine : childhood lovers, soulmates, slow burn, morally grey.

Pour de nombreux lecteurs, cette communication constitue une déformation majeure de l’œuvre. Les Hauts de Hurlevent n’est généralement pas considéré comme une romance au sens moderne du terme. Le roman est classé comme roman gothique, tragédie ou saga familiale, parfois qualifié de « tragic romance » précisément pour souligner l’absence de réconfort, de consentement et de happy end.

La relation entre Catherine et Heathcliff est obsessionnelle, violente et destructrice. De nombreux critiques et universitaires y voient une critique des mythes romantiques, voire une mise en garde contre leur idéalisation. Présenter l’œuvre comme une romance à tropes est donc perçu comme réducteur, voire mensonger, d’où une question récurrente dans les commentaires : « Avez-vous vraiment lu le livre ? »

Au-delà de Hurlevent, cette controverse ravive un malaise plus large dans l’édition : la tendance, en 2026, à traduire presque toutes les œuvres en langage de tropes, au risque de brouiller le contrat de lecture et de créer des attentes trompeuses chez les lecteurs.

Heathcliff, whitewashing et effacement d’un enjeu central du roman

Casting Hurlevent et whitewashing

La polémique autour du marketing rejoint celle du film lui-même, notamment sur le personnage de Heathcliff, incarné par Jacob Elordi. Dans le roman original, Heathcliff est décrit comme ayant « la peau foncée », assimilé à un enfant venu d’ailleurs, et régulièrement insulté à travers un imaginaire racialisé, jusqu’à être qualifié de « diable noir ».

Dans le contexte victorien, ces éléments renvoient à un contraste perçu comme « non blanc », étroitement liée à la marginalisation sociale, aux rapports de classe et à l’héritage colonial. Pour beaucoup de lecteurs, cette dimension est centrale pour comprendre la violence du personnage et la brutalité du monde qui l’entoure.

Le choix d’un acteur blanc est donc dénoncé comme un cas de whitewashing, d’autant plus problématique qu’il s’inscrit dans une longue tradition : sur une quinzaine d’adaptations, la majorité ont déjà blanchi Heathcliff.

L’adaptation de la réalisatrice Andrea Arnold en 2012 est souvent citée en contre-exemple, pour avoir replacé la question raciale au cœur du récit en confiant le rôle à James Howson, un acteur noir.

Hurlevent : une adaptation accusée de transformer un classique gothique en dark romance

La communication du film, réalisé par Emerald Fennell, alimente encore la critique. La bande-annonce et les visuels promotionnels insistent sur une esthétique très sensuelle et sombre, que certains rapprochent directement des codes de la dark romance actuelle.

Pour une partie du public, cette relecture efface des enjeux fondamentaux du roman : la violence sociale, les rapports de domination, la transmission intergénérationnelle de la haine et les traces du colonialisme britannique. La réédition du livre avec cette affiche est alors perçue comme une caution éditoriale apportée à une interprétation jugée trop éloignée du message de base d’Emily Brontë.

De leur côté, plusieurs critiques cinéma ont toutefois appelé à nuancer le débat. Selon eux, Hurlevent ne devrait pas être abordé comme une reproduction fidèle du roman, mais comme une interprétation assumée de l’œuvre d’Emily Brontë, avec ses partis pris, ses choix esthétiques et son propre discours.

À l’instar de nombreuses adaptations contemporaines, le film revendique une lecture personnelle du texte plutôt qu’une transposition littérale, quitte à déplacer certains enjeux ou à en privilégier d’autres. Pour ces spécialistes, il est donc prématuré de trancher sur la portée réelle du long-métrage et sur le message qu’il entend porter. Dans tous les cas, il faudra attendre sa sortie en salles, dans quelques jours, pour que le public puisse se faire une idée plus concrète de cette relecture et juger si elle fait écho (ou non) à l’œuvre originale de manière pertinente.

Couverture et titre de Hurlevent : la question de l’effacement de l’autrice ?

Dernier point régulièrement soulevé ces derniers jours : la couverture mettrait peu en avant le nom d’Emily Brontë, et le titre serait réduit à Hurlevent pour correspondre au film. Au lieu d’être inscrit de façon notable comme on peut le voir avec d’autres oeuvres, on peut lire en petit caractère « Le texte original de Emily Brontë« , un choix qui semble en accord avec une volonté de laisser toute la place à l’affiche officielle du film.

Pour certains lecteurs, ce choix n’est pas anodin. Il participe à un effacement symbolique de l’autrice et de l’histoire littéraire du texte, au profit d’une logique marketing centrée sur l’adaptation. Plus qu’un simple débat ponctuel, la controverse autour de Hurlevent révèle au final les tensions actuelles entre marketing éditorial, adaptations mainstream et respect des œuvres classiques dans toute leur complexité.

Post tags:

Basilic Tropical est un projet porté par Anaïs, une journaliste et créatrice de contenu littéraire, spécialisée dans la romance et les littératures de l’imaginaire. À travers articles, vidéos et décryptages, le projet analyse les tendances éditoriales, interroge les succès actuels et met en lumière des œuvres et des genres encore trop souvent laissés-pour-compte dans les médias littéraires traditionnels. The Romance Times est la suite logique du projet initié via les réseaux sociaux et le site Basilic Tropical.

tropicalbasilic@gmail.com

Post a Comment

You don't have permission to register