Qui a dit que la romance était ringarde ? Des sagas young adult aux comédies romantiques de l’été, des dark romances sulfureuses aux grands classiques revisités, The Romance Times suit de près tout ce qui fait battre le cœur des lecteurices. Une veille passionnée sur les tendances, les livres et les visages qui redéfinissent les codes du genre.

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FDL 2026 et lectorat romance

Après la polémique autour de l’organisation du Festival du Livre de Paris 2026, un autre débat s’est imposé sur les réseaux : celui du regard porté sur les lecteurices de romance. Entre accusations de lectorat « fermé », remarques sur le « smut » et critiques sur leur présence massive dans les allées du salon, un vieux réflexe ressurgit : faire du public romance le problème plutôt que de questionner l’organisation elle-même.

Quand le problème devient soudain… les lecteurices de romance

Depuis la fin du Festival du Livre de Paris 2026, les témoignages sur les difficultés de circulation, les mouvements de foule, les files d’attente interminables et les malaises se multiplient. Beaucoup de critiques ont visé l’organisation du salon, notamment la décision d’avoir concentré une grande partie des maisons d’édition romance (Nox, Hugo Roman, &H, Addictives, BMR) sur les balcons du Grand Palais, dans des espaces plus étroits et rapidement saturés.

Toutefois, très vite, pour certaines personnes, une autre lecture a émergé : si le problème venait finalement des lecteurices en personne ?

Sur TikTok, Instagram ou Threads, plusieurs commentaires ont reproché au public romance d’être « trop nombreux », « trop fans », ou encore de ne s’intéresser qu’aux stands romance sans chercher à découvrir le reste du salon. Certains vont jusqu’à affirmer que ce public ne lit « rien d’autre que du smut » (soit des scènes explicites dans les livres, ndlr), réduisant tout un lectorat à une caricature aussi facile que méprisante.

Ce glissement là reste révélateur : au lieu de parler d’un événement potentiellement mal calibré face à l’ampleur du public présent, on préfère parfois transformer ce public en problème.

@basilic.tropical

Depuis le Festival du Livre de Paris, les témoignages négatifs s’accumulent : mouvements de foule, malaises, attente interminable, romance reléguée à l’étage. On revient sur toute la polémique et sur ce qu’elle révèle vraiment de la place de la romance dans le monde du livre.

♬ son original – Basilic Tropical

Le cliché du lecteur qui ne lirait « que de la romance »

Cette idée selon laquelle les lecteurices de romance seraient enfermés dans un seul genre ne résiste pourtant pas longtemps à la réalité.

Dans les communautés littéraires en ligne, la majorité des lecteurices romance lisent énormément, souvent bien au-delà de ce seul genre. Beaucoup naviguent entre romance, fantasy, littérature blanche, thriller, suspense ou même non-fiction. La romance constitue souvent le cœur de leur pratique de lecture, pas nécessairement sa seule frontière.

Ce reproche apparaît d’ailleurs rarement lorsqu’il s’agit d’autres lectorats spécialisés. On interroge peu les lecteurices de thriller sur leur supposé manque d’ouverture. On reproche rarement aux passionnés de science-fiction de rester dans leur univers. La spécialisation devient un problème surtout lorsqu’elle concerne la romance.

Ce traitement différent du lectorat n’est, encore une fois, pas anodin. Il s’inscrit dans une hiérarchie culturelle persistante où certains genres restent perçus comme plus légitimes que d’autres.

Isoler la romance, puis reprocher au public de rester à l’écart

L’un des paradoxes les plus frappants de cette polémique concerne justement l’organisation du salon et la répartition des stands.

Si l’objectif implicite était d’encourager les passerelles entre les genres, la concentration des principales maisons d’édition romance sur les balcons produit l’effet inverse. En créant un espace presque à part, le salon favorise mécaniquement une logique de circulation par segment.

Mélanger davantage les maisons d’édition, intégrer les éditeurs romance au cœur du rez-de-chaussée, multiplier les proximités entre lectorats : ce type d’organisation aurait probablement facilité la découverte d’autres catalogues et réduit cette impression de mise à l’écart. Autrement dit, si l’on souhaite réellement que les publics se croisent davantage, la solution n’est pas de les séparer physiquement.

Reprocher ensuite aux lecteurices de romance de rester « entre elleux » après avoir créé cet entre-soi par l’organisation même du salon relève d’un raisonnement assez fragile.

Quand l’attente épuise aussi l’expérience du salon ?

Il faut également rappeler une réalité très simple : beaucoup de visiteurs ont passé une, deux, parfois plusieurs heures à attendre pour accéder à certains stands ou obtenir une dédicace. Dans ces conditions, demander ensuite à ces mêmes personnes de consacrer encore plusieurs heures à explorer le reste du salon devient compliqué.

Dans le cas présent, le sujet n’est plus un manque de curiosité, mais une question d’énergie, de temps et de logistique.

À noter que, contrairement à certaines idées véhiculées en ligne, pour beaucoup, acheter une avant-première sur place n’avait d’ailleurs pas seulement pour but de posséder un livre quelques jours avant sa sortie officielle. Il s’agissait surtout de pouvoir le faire signer immédiatement dans la foulée, de vivre une expérience de salon cohérente.

Réduire cela à une simple frénésie de consommation, voire à un caprice, participe du même réflexe : dévaloriser le public plutôt que comprendre ses usages.

Une critique récurrente qui dépasse le simple Festival du livre de Paris ?

Festival du livre de Paris 2026

Ce qui frappe dans les commentaires des derniers jours, ce n’est pas seulement la critique. C’est la facilité avec laquelle certains jugements sont formulés par des personnes qui reconnaissent parfois ne même pas être montées sur les balcons concernés.

Autrement dit : commenter un public sans l’avoir observé, lui prêter des comportements sans avoir vu les conditions réelles sur place.

Ce décalage nourrit un sentiment très fort chez de nombreux lecteurs : celui de ne jamais être pleinement pris au sérieux.

La romance reste l’un des genres les plus puissants commercialement, l’un des plus mobilisateurs en salon, l’un des plus visibles sur les réseaux sociaux. Pourtant, son lectorat continue régulièrement d’être observé à travers le prisme du soupçon, de l’excès ou de la superficialité. Comme si aimer intensément un genre devenait, dans ce cas précis, un défaut ou quelque chose de négatif à pointer du doigt.

Le vrai sujet : repenser la place de la romance dans les grands événements littéraires

La polémique du Festival du Livre de Paris dépasse donc largement la simple question des balcons du Grand Palais. Elle pose une question plus profonde : comment les grands événements littéraires considèrent-ils aujourd’hui le lectorat romance ? Comme une force centrale du marché du livre, capable de remplir un salon entier ? Ou comme un public à gérer à part, qu’on tolère sans toujours lui accorder la même légitimité symbolique ?

Suite à tout cela, l’édition 2027 sera observée de très près. Répartition des stands, gestion des dédicaces, choix du lieu : tout sera scruté. Néanmoins, au-delà de l’organisation, c’est aussi le regard porté sur ce lectorat qui devra évoluer. Parce que le problème n’a jamais été que trop de gens aiment lire.

Le problème, c’est peut-être surtout la difficulté persistante à accepter que la romance fasse désormais pleinement partie du paysage littéraire.

Basilic Tropical est un projet porté par Anaïs, une journaliste et créatrice de contenu littéraire, spécialisée dans la romance et les littératures de l’imaginaire. À travers articles, vidéos et décryptages, le projet analyse les tendances éditoriales, interroge les succès actuels et met en lumière des œuvres et des genres encore trop souvent laissés-pour-compte dans les médias littéraires traditionnels. The Romance Times est la suite logique du projet initié via les réseaux sociaux et le site Basilic Tropical.

tropicalbasilic@gmail.com

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