Depuis fin 2025, plusieurs auteurices, notamment en autoédition, ont annoncé retirer leurs livres du format numérique. Une décision qui a surpris, parfois agacé, mais qui révèle surtout un malaise profond autour du piratage et de la fragilité économique du monde du livre.
Pourquoi des auteurices retirent leurs ebooks face au piratage ?
L’information a circulé rapidement sur les réseaux littéraires : certains livres ne seront plus disponibles en version numérique. En cause, une décision assumée de plusieurs auteurices, principalement issues de l’autoédition, confrontées à la mise en ligne massive de leurs textes sur des sites de téléchargement illégal.
Pour ces artistes, le constat est brutal. Un ebook peut se retrouver partagé gratuitement quelques heures seulement après sa sortie officielle. Sans filtre, sans délai, et surtout sans réel moyen de recours. Retirer le format numérique devient alors une tentative de limiter les dégâts, plus qu’un rejet du livre digital en lui-même.
Il s’agit d’une réaction défensive, née d’un sentiment d’impuissance. Ca,r contrairement aux grandes maisons d’édition, beaucoup d’auteurices indépendantes n’ont ni service juridique dédié, ni outils techniques avancés pour lutter efficacement contre ce type de diffusion illégale.
@basilic.tropical Fin des ebooks : info ou panique morale ? Depuis fin 2025, certaines décisions d’auteuices relancent le débat autour du piratage, du numérique et de la précarité du métier. #booktok #livres #actus ♬ son original – Basilic Tropical
Le livre numérique, une faille structurelle pour les auteurices indépendantes ?
Le débat autour des ebooks met en lumière une réalité souvent ignorée : le format numérique, par sa nature même, est plus vulnérable. Partager un fichier prend quelques secondes et une simple connexion internet. À l’inverse, diffuser un livre papier scanné demande davantage de temps, de matériel et d’efforts.

Pour des auteurices dont les revenus reposent parfois presque exclusivement sur la vente de leurs livres, cette différence change tout. Chaque téléchargement illégal représente une vente potentielle en moins, dans un secteur où les marges sont déjà faibles. Certains avancent toutefois qu’un livre piraté n’aurait, de toute façon, pas été acheté dans un circuit classique. Un argument régulièrement mis en avant pour relativiser l’impact réel du piratage.
Dans cette logique, quelques auteurices vont jusqu’à inviter les personnes qui téléchargent leurs livres à laisser, au minimum, des avis positifs sur les plateformes de vente ou de recommandation, afin d’en tirer malgré tout un bénéfice en visibilité. Une position pragmatique, mais loin de faire l’unanimité, et qui provoque souvent de vifs débats sur les réseaux littéraires.
D’autant que cette réalité cohabite avec un autre profil de lecteurs, rarement évoqué dans ces discussions : ceux qui ont les moyens d’acheter des livres, mais choisissent de télécharger en masse par simple confort ou par habitude, avec cette logique assumée : « pourquoi payer, puisque le livre est disponible gratuitement ?«
Dans ce contexte, retirer l’ebook ne supprime pas le piratage, mais permet au moins d’en compliquer l’accès. Une mesure imparfaite, souvent temporaire, mais qui reste l’une des rares options disponibles pour celles et ceux qui évoluent hors des circuits traditionnels de l’édition.
Une décision qui divise lecteurices et auteurices
Ces annonces n’ont pas tardé à provoquer des réactions contrastées. Une partie des lecteurs comprend et soutient la démarche, rappelant que l’écriture reste un métier précaire, en particulier en autoédition. D’autres, très attachés au format numérique, y voient une décision injuste, voire punitive.
À ces réactions s’ajoute une autre critique, portée par des lecteurs pour qui le format numérique n’est pas un simple confort, mais une nécessité. Pour certaines personnes en situation de handicap, souffrant de troubles visuels, cognitifs ou de fatigue chronique, l’ebook reste le format le plus adapté, grâce aux réglages de police, de luminosité ou parfois même de lecture vocale (fonctionnalité encore assez marginalisée dans le secteur, ndlr). Dans ce contexte, le retrait des livres numériques est parfois perçu comme un recul en matière d’inclusivité, voire comme une exclusion involontaire de publics déjà marginalisés dans l’accès à la lecture.
Sur le sujet dans son ensemble, rapidement, certains discours se sont durcis, allant jusqu’à annoncer de manière alarmiste « la fin des ebooks ». Un raccourci qui ne résiste pas longtemps à l’analyse. Le format numérique continue d’exister, largement porté par les maisons d’édition traditionnelles et les plateformes de vente en ligne.
Ce que révèlent ces tensions, en revanche, c’est une fracture plus profonde dans la communauté littéraire. Une incompréhension persistante entre réalités économiques des auteurices et usages de consommation des lecteurs, à l’heure où l’accès aux livres est devenu à la fois plus simple, mais aussi plus conflictuel.

Retirer ses ebooks : un geste symbolique plus qu’un renoncement ?
Contrairement à ce que laissent entendre certains discours, ces décisions ne signent pas la mort du livre numérique. Elles traduisent plutôt une lassitude face à un système où les œuvres circulent rapidement, parfois massivement, sans que la question de la rémunération des créateurs soit réellement réglée.
Pour beaucoup d’auteurices, retirer un ebook n’est pas un choix idéologique. C’est un signal d’alerte. Une façon de dire que le problème ne peut pas être réduit à une opposition entre « pro » et « anti » numérique, mais qu’il touche au cœur même de l’économie du livre.
Comprendre ces décisions, c’est aussi accepter de regarder au-delà des formats, et de reconnaître que, derrière chaque ebook retiré, il y a surtout une tentative de survivre dans un écosystème de plus en plus fragile.

