Depuis ses débuts fulgurants avec The Love Hypothesis, Ali Hazelwood s’est imposée comme l’une des figures incontournables de la romance contemporaine. Autrice star de TikTok, reine de la STEM romance, elle a construit une recette immédiatement reconnaissable : des héroïnes scientifiques, des romances en milieu professionnel, des dialogues vifs et une tension romantique efficace.
Toutefois, avec Not in Love, annoncé comme un nouveau best-seller avant même sa sortie, une question revient de plus en plus chez les lecteurs : Ali Hazelwood aurait-elle signé ici son roman le plus mature ?
Not in Love : une romance moins comédie, plus introspective

Ce qui frappe d’abord dans Not in Love, c’est le ton. Là où certains romans précédents jouaient volontiers avec les codes de la comédie romantique (situations drôles, maladresses, quiproquos), ce nouveau livre adopte une approche plus posée, plus intérieure.
Rue Siebert, l’héroïne, n’est pas seulement une scientifique brillante. C’est une femme qui a bâti toute sa vie sur une règle simple : ne jamais s’attacher. Pas de second rendez-vous, pas de promesses, pas de débordements émotionnels. Une posture qui n’est ni glamour ni légère, mais profondément défensive.
C’est précisément là que Not in Love marque une rupture : la romance ne sert plus uniquement à divertir, elle devient un outil pour explorer des mécanismes psychologiques bien plus profonds.
Une héroïne fermée à l’amour, mais jamais caricaturale ?
Les héroïnes d’Ali Hazelwood sont souvent prudentes sur le plan émotionnel, mais leur réticence à l’amour reste généralement anecdotique. Avec Rue, cette prudence devient le cœur même du personnage. Son refus de s’attacher n’est pas un simple prétexte narratif pour retarder la romance : il structure tout le roman.
Le roman s’attarde précisément sur ce refus d’aimer, en en explorant les origines et les mécanismes. Le besoin de contrôle de Rue, sa quête de stabilité et sa peur de revivre une insécurité passée ne sont jamais survolés : ils structurent ses choix, ses réactions et sa manière d’entrer en relation avec les autres. Cette approche donne au personnage une profondeur particulièrement intéressante, en particulier dans le secteur de la romance.
D’une certaine façon, Rue peut alors agacer, émouvoir ou frustrer, mais elle reste toujours cohérente. Et, c’est cette cohérence qui confère peut-être à Not in Love une tonalité plus adulte, plus ancrée dans des réalités émotionnelles reconnaissables, où la romance devient aussi un espace de compréhension de soi.
Une relation fondée sur la communication et le respect dans ce roman signé Ali Hazelwood
Autre élément qui distingue Not in Love : la dynamique du couple. Eli, le héros masculin, s’éloigne clairement du stéréotype du love interest dominateur ou envahissant. Sa persévérance n’est jamais utilisée comme un prétexte narratif pour franchir les limites de Rue. À aucun moment le roman ne justifie l’insistance ou le passage en force au nom des besoins de la romance.
Au contraire, Eli respecte constamment les limites posées par Rue. Il écoute, recule quand il le faut, et laisse à l’héroïne l’espace nécessaire pour avancer à son propre rythme. Ce choix nous permet d’avoir alors une relation construite sur le consentement, la communication et le respect mutuel, et offre une représentation plus saine de la romance contemporaine, sans pour autant sacrifier la tension ou l’intensité émotionnelle.
Ce choix narratif renforce l’impression d’un roman plus mature, moins axé sur l’intensité immédiate que sur la construction progressive d’un lien sain.
Une STEM romance plus en retrait, mais aussi plus symbolique
Certains lecteurs ont noté que l’aspect scientifique est moins omniprésent que dans d’autres romans d’Ali Hazelwood (The Love Hypothesis, Love on the Brain, etc). Le laboratoire, ici, n’est pas constamment au centre de l’intrigue, et le cadre professionnel sert davantage de toile de fond que de moteur narratif direct.
Pourtant, ce choix est loin d’être anodin. Dans Not in Love, la science reste profondément liée à Rue, jusque dans son parcours personnel. Son choix de carrière n’est pas neutre : il fait écho à ses traumatismes, à son besoin de stabilité et à sa volonté de tout maîtriser. Le sujet même de ses recherches porte sur un penchant bien précis de son passé, venant une fois plus renforcer son besoin de contrôle.
En outre, ce cadre se double d’une romance workplace assumée, où la proximité professionnelle, les rapports hiérarchiques et les enjeux de carrière viennent renforcer la tension émotionnelle.
En s’éloignant d’une STEM romance très démonstrative, Not in Love adopte une approche plus symbolique et plus introspective. La science vient nous raconter quelque chose de plus intime : la difficulté à lâcher prise quand toute une vie a été construite autour du contrôle.
Not in Love : un tournant dans la bibliographie d’Ali Hazelwood ?
Alors, Not in Love est-il le roman le plus mature d’Ali Hazelwood ? Si l’on entend par là un livre plus psychologique, plus nuancé, et moins dépendant des codes de la comédie romantique, la réponse semble clairement être oui.
Cela ne signifie pas que le roman renie ce qui a fait le succès de l’autrice. Au contraire : Ali Hazelwood reste fidèle à ses thèmes de prédilection, mais les aborde avec plus de profondeur, et surtout avec une volonté assumée de faire évoluer ses dynamiques relationnelles.
Un roman qui ne plaira peut-être pas à ceux qui cherchent une romance légère et pétillante, mais qui pourrait bien séduire un lectorat plus averti, en quête de récits émotionnellement plus profonds.


