La romance est l’un des genres les plus lus en France, mais aussi l’un des moins reconnus lorsqu’il s’agit de prestige littéraire. Le 26 décembre 2025, l’annonce du Prix Lilith vient bousculer un peu les choses. Dans la pratique, ce nouveau prix ne récompense pas un roman, mais le travail de traduction en romance et en littératures sentimentales, à un moment où la question de la qualité, des conditions de travail et de l’automatisation traverse tout le secteur de l’édition.
Le Prix Lilith, un prix littéraire inédit consacré à la traduction en romance
Annoncé par ActuaLitté, le Prix Lilith se distingue immédiatement par son positionnement. Il s’adresse à la romance au sens large, aux littératures sentimentales et à leurs adaptations en romans graphiques, avec une idée simple : remettre la traduction au centre du processus créatif.
Dans un paysage littéraire encore très élitiste, la romance reste souvent perçue comme un genre mineur, et sa traduction comme une étape secondaire, soumise à des contraintes de coûts et de délais. Or, ce genre repose sur une extrême précision : le rythme d’un dialogue, la justesse émotionnelle, la crédibilité d’une scène romantique ou érotique ne supportent pas l’approximation. Une traduction maladroite se voit immédiatement et, surtout, elle se ressent.
Pourquoi la traduction de la romance est devenue un sujet brûlant ?
L’annonce du Prix Lilith intervient dans un contexte tendu, marqué notamment par la polémique autour de Harlequin et de l’usage de l’intelligence artificielle dans la traduction. Un épisode qui a mis en lumière une inquiétude plus large : celle de voir la traduction réduite à une simple opération technique, interchangeable, voire automatisable.
À l’origine du projet, Virginie Buhl, traductrice et universitaire, évoque un triple déclic : la réception d’un texte de romantasy au Prix Pierre-François Caillé, l’absence de reconnaissance institutionnelle pour ces genres, et le constat, partagé par les libraires et les lecteurs, que la romance ne tolère pas l’à-peu-près. Dans certains circuits éditoriaux, la traduction est même un véritable travail de rewriting, renforçant l’idée qu’il s’agit bien d’un acte d’écriture à part entière.
Un prix qui pose aussi la question des conditions de travail ?
Le Prix Lilith ne se limite pas à un geste symbolique. Son fonctionnement repose sur un jury en deux temps, mêlant jeunes lecteurs (notamment des étudiants en traduction) et professionnels expérimentés, afin de croiser regard engagé et analyse technique.
Surtout, le prix affiche une dimension politique assumée. En s’appuyant sur les références du Centre national du livre, l’objectif est clair : ne pas récompenser des traductions réalisées au rabais. Autrement dit, refuser de dissocier qualité littéraire et conditions de travail, à un moment où l’automatisation menace en priorité les métiers déjà les plus précarisés.


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