Qui a dit que la romance était ringarde ? Des sagas young adult aux comédies romantiques de l’été, des dark romances sulfureuses aux grands classiques revisités, The Romance Times suit de près tout ce qui fait battre le cœur des lecteurices. Une veille passionnée sur les tendances, les livres et les visages qui redéfinissent les codes du genre.

Page d’accueil            Collaboration            Nous contacter             Mentions Légales

Le HEA en romance en train d'évoluer ?

Romance sans happy end : le concours &H qui fracture le lectorat

Depuis hier, le débat sur la sad end en romance s’est imposé sur les réseaux littéraires avec une intensité significative. En cause : un concours d’écriture lancé par la maison d’édition &H, spécialisée en romance, qui impose une contrainte inhabituelle pour le genre. Les textes proposés doivent raconter une histoire d’amour intense, mais vouée à l’échec. Autrement dit, une romance à sad end assumée. Une initiative qui, en quelques heures, a déclenché des réactions nombreuses et souvent très virulentes.

&H : un concours d’écriture qui bouscule les attentes du lectorat

Dans l’appel à textes publié par &H, la consigne est clairement formulée dans la FAQ accompagnant le concours. Les auteurs et autrices sont invités à proposer des récits centrés sur une relation amoureuse forte, vécue sur un temps donné, mais qui ne se concrétise pas. La maison d’édition précise ainsi :

« Votre histoire devra raconter un amour pas vécu ou juste sur un temps donné, intense, identifiant, qui finalement ne se réalise pas. »

Ce positionnement éditorial, implicitement considéré comme compatible avec la romance, a immédiatement suscité l’incompréhension d’une partie du lectorat. Pour de nombreux lecteurs et lectrices, la romance repose sur un contrat implicite : quelles que soient les épreuves traversées par les personnages, la fin doit offrir une résolution heureuse ou, à tout le moins, porteuse d’espoir pour le couple.

&H assume sa définition de la romance malgré les critiques

Face aux nombreux commentaires négatifs, l’éditeur n’a pas changé sa position. En réponse aux réactions, notamment dans la section commentaires, &H a rappelé sa vision du genre en insistant sur la centralité de la relation amoureuse plutôt que sur la nature de la fin. En commentaire, la maison d’édition précise :

« La romance se définit surtout par la place centrale de la relation dans l’histoire (les émotions, l’évolution des personnages, le lien amoureux comme moteur du récit). La fin heureuse n’est pas obligatoire pour qu’un récit soit une romance. »

Cette prise de parole, loin d’apaiser le débat, a renforcé le sentiment de fracture. Pour certains lecteurs, elle remet en cause un cadre générique perçu comme protecteur, tandis que d’autres y voient au contraire une opportunité de renouveler un genre parfois jugé trop balisé.

D’où vient l’idée que la romance doit forcément bien finir ?

Contrairement à une croyance largement répandue, aucune instance ni aucun individu n’a jamais décrété formellement que la romance devait obligatoirement se conclure par une happy end. Cette convention est le résultat d’un long processus, mêlant héritage littéraire et stratégies éditoriales.

La romance et son happy end

Dans la tradition occidentale, la comédie (au sens classique) se termine par une union harmonieuse, souvent symbolisée par un mariage. Cette structure narrative a durablement associé les histoires d’amour destinées à divertir à une fin positive. Des chercheuses comme Pamela Regis ont montré que, progressivement, le happy ending est devenu la caractéristique formelle la plus identifiable du roman de romance moderne.

Au XXᵉ siècle, les maisons d’édition ont renforcé cette association en utilisant le terme « romance » comme une catégorie marketing précise. L’objectif était de distinguer clairement ces récits d’autres histoires d’amour tragiques ou ambiguës, tout en répondant à une attente forte du lectorat. Cette définition a été ensuite institutionnalisée par des organisations professionnelles comme la Romance Writers of America, qui décrit la romance comme une histoire d’amour avec un dénouement émotionnellement satisfaisant et optimiste.

Une polémique plus large que la simple question de la sad end ?

Ce qui surprend dans la controverse actuelle, c’est moins l’existence de romances à sad end (d’autres éditeurs labelisés romance en ont déjà publié par le passé) que l’ampleur des réactions. Jusqu’ici, ces titres avaient suscité des débats limités, souvent cantonnés à des cercles précis de lecteurs avertis.

Le concours &H change la donne en posant la sad end comme une contrainte centrale, assumée et revendiquée, au cœur d’un dispositif éditorial partagé aux yeux de tous. Le débat dépasse donc la question d’une fin malheureuse pour interroger la définition même de la romance et les attentes qu’elle continue de susciter.

Pour beaucoup, la distinction entre romance et histoire d’amour reste essentielle. Les grandes tragédies amoureuses, de Roméo et Juliette à Nos étoiles contraires, sont généralement considérées comme des histoires romantiques, mais pas comme de la romance au sens commercial contemporain. Aujourd’hui encore, une large partie du lectorat estime que l’exigence d’une fin heureuse ou, au minimum, d’une issue clairement optimiste, constitue un contrat de lecture fondamental.

Post tags:

Basilic Tropical est un projet porté par Anaïs, une journaliste et créatrice de contenu littéraire, spécialisée dans la romance et les littératures de l’imaginaire. À travers articles, vidéos et décryptages, le projet analyse les tendances éditoriales, interroge les succès actuels et met en lumière des œuvres et des genres encore trop souvent laissés-pour-compte dans les médias littéraires traditionnels. The Romance Times est la suite logique du projet initié via les réseaux sociaux et le site Basilic Tropical.

tropicalbasilic@gmail.com

Post a Comment

You don't have permission to register